Dans les temples sacrés du sud de l’Inde, une forme d’art ancestrale continue de transmettre les récits des dieux à travers le langage universel du corps. Le bharatanatyam représente bien plus qu’une simple performance artistique : c’est un pont vivant entre le monde terrestre et le divin, où chaque geste raconte une légende, chaque regard exprime une dévotion profonde. Cette tradition séculaire a survécu aux épreuves du temps et de l’histoire pour devenir aujourd’hui l’une des danses indiennes classiques les plus respectées et enseignées à travers le monde.
En bref
- Danse classique indienne du Tamil Nadu codifiée dès l’Antiquité dans le Natya Shastra, avec trois catégories principales : Nritta, Nritya et Natya
- Interdite par les Britanniques en 1910, la danse a connu un renouveau majeur avec la création de l’école Kalakshetra en 1936
- La pratique repose sur les adavus (pas de base) et environ 20 mudras (gestes des mains) permettant de raconter des histoires mythologiques
- Le Margam structure les récitals selon une progression spirituelle en 7 parties, du Pushpanjali au Thillana, pour une durée de 1 à 3 heures
- Accompagné de musique carnatique et de costumes traditionnels colorés ornés de bijoux, le bharatanatyam se pratique désormais dans le monde entier
Qu’est-ce que le bharatanatyam ?
Le bharatanatyam est une danse classique indienne originaire du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde. Cette forme artistique millénaire combine mouvements gracieux, expressions faciales sophistiquées et récits mythologiques hindous. Reconnue officiellement par la Sangeet Natak Akademi, elle intègre les thèmes religieux et spirituels du Shaivisme, du Vishnouisme et du Shaktisme. Pour mieux comprendre cette riche tradition, il peut être utile de s’intéresser également aux danses et coutumes de Bollywood.
Cette discipline artistique se distingue par sa structure codifiée et son vocabulaire symbolique riche. Les danseurs utilisent des mudras, gestes précis des mains, pour raconter des histoires sacrées et exprimer des émotions. Le bharatanatyam comprend trois catégories principales : le Nritta (danse pure), le Nritya (expression émotionnelle) et le Natya (théâtre dansé).
Histoire et origines de la danse indienne
bharata-natyam : origines et textes fondateurs
Les racines du bharatanatyam plongent dans l’antiquité indienne, avec des textes fondateurs comme le Natya Shastra, dont la première compilation remonte entre 500 avant notre ère et 200 après J.-C. Ce traité sanskrit établit les principes fondamentaux de la danse et du théâtre indien.
L’épopée tamoule Silappatikaram décrit déjà cette danse au IIe siècle. Les sculptures ornant les temples du VIe au IXe siècle témoignent d’une pratique raffinée et bien développée à cette époque. Le temple de Chidambaram présente notamment 108 poses traditionnelles gravées dans la pierre, symbolisant la maîtrise complète des postures.
Pendant des siècles, cette danse était pratiquée par les devadasis, femmes consacrées aux divinités dans les temples. Elles transmettaient cet art sacré de génération en génération, préservant sa dimension spirituelle et technique. Certains artistes contemporains s’inspirent encore de ces traditions pour créer des spectacles où elles peuvent donner toute leur expression, notamment à travers les danseuses du ventre.
revival et Kalakshetra
Le XIXe siècle marque une période sombre pour le bharatanatyam. L’administration coloniale britannique dévalorise cette pratique et interdit la danse dans les temples en 1910. Les autorités coloniales dénoncent ses liens avec la religion hindoue et stigmatisent les devadasis.
Le mouvement de renouveau débute au XXe siècle grâce à des personnalités visionnaires. La fondation de l’école Kalakshetra en 1936 constitue un tournant majeur. Cette institution vise à réhabiliter et moderniser la pratique en lui redonnant sa dimension spirituelle et artistique.
La reconstruction du bharatanatyam s’accompagne d’une valorisation des devadasis antiques, désormais considérées comme des artistes spirituelles. Cette approche permet de dissocier définitivement la danse de l’image négative qui lui était associée durant la période coloniale.
Les éléments et la pratique du Bharatanatyam
L’apprentissage du bharatanatyam repose sur la maîtrise des adavus, pas de base qui constituent le vocabulaire gestuel fondamental. Les élèves apprennent progressivement ces séquences de mouvements, développant force, souplesse et précision.
Le système des mudras forme le cœur expressif de cette danse. Les danseurs utilisent environ 20 gestes fondamentaux des mains pour évoquer divinités, légendes ou sentiments. Chaque mudra possède une signification précise et peut se combiner avec d’autres pour créer des récits complexes.
L’expression faciale occupe une place centrale dans la pratique. Les danseurs travaillent minutieusement leurs expressions pour transmettre les émotions des personnages mythologiques. Cette dimension théâtrale distingue le bharatanatyam des autres formes de danse.
La discipline s’inscrit dans une démarche spirituelle proche du Bhakti yoga. Les pratiquants recherchent une union intérieure par la concentration et la grâce dans le mouvement. Cette approche méditative enrichit la dimension artistique de la danse.
Le Margam et les différentes parties du récital
Le Margam constitue la structure traditionnelle de présentation du bharatanatyam. Cette séquence codifiée guide l’organisation des récitals et respecte une progression spirituelle et artistique précise.
Les différentes parties du Margam s’enchaînent selon un ordre établi :
- Pushpanjali : invocation d’ouverture dédiée aux divinités
- Alarippu : mouvements purs explorant l’espace et le rythme
- Jatiswaram : combinaison de pas techniques et de mélodies
- Shabdam : première introduction d’éléments narratifs
- Varnam : pièce centrale alliant technique et expression
- Padam : composition lyrique aux émotions intenses
- Thillana : finale dynamique célébrant la virtuosité
Cette structure permet une montée progressive en intensité. Le récital débute par des éléments contemplatifs pour culminer avec des pièces expressives complexes. La durée varie entre 1 et 3 heures selon l’ampleur du programme choisi.
Musique, costumes et dimension culturelle
La musique carnatique accompagne traditionnellement le bharatanatyam. Les instruments comme le mridangam, la nadaswaram, la flûte, le violon et la veena créent l’atmosphère sonore. Les chants s’expriment en tamoul, télougou, kannada ou sanskrit, langues sacrées du sud de l’Inde.
Les costumes rappellent la tenue de mariée tamoule traditionnelle. Les danseuses portent des saris aux couleurs vives ornés de zari doré ou argenté. Les bijoux élaborés, la tiare décorative et les fleurs artificielles dans les cheveux complètent cette parure festive.
Les guirlandes de ghungroos, petites clochettes fixées aux chevilles, accentuent le rythme des pas. Le maquillage met l’accent sur le trait de khol pour souligner l’expression faciale. Les couleurs vives sur les lèvres et les joues renforcent la lisibilité des émotions.
Aujourd’hui, le bharatanatyam rayonne bien au-delà de ses frontières d’origine. Des écoles spécialisées l’enseignent à travers le monde, particulièrement dans les institutions artistiques occidentales et les communautés indiennes expatriées. Cette diffusion internationale préserve l’authenticité tout en s’adaptant aux exigences de la scène contemporaine.
FAQ
Quelle est la signification de “Bharatanatyam” ?
La signification de “Bharatanatyam” provient des mots “Bha” (expression du visage), “Ra” (musique), “Ta” (rythme) et “Natya” (théâtre). Cela indique que le bharatanatyam est une forme d’art qui combine l’expression, la musique et le rythme dans une performance théâtrale.
Quelle est la danse sacrée indienne ?
La danse sacrée indienne est le bharatanatyam, qui a ses origines dans le Tamil Nadu. Elle intègre des éléments de spiritualité et est souvent liée aux cultes shivaïtes, vaishnavites et shaktistes, reflétant un profond respect pour les traditions religieuses hindoues.
Quelle est la plus ancienne danse du monde ?
La plus ancienne danse du monde est souvent considérée comme le bharatanatyam, avec des racines qui remontent à plusieurs siècles en Inde. Cette danse classique a été mentionnée dans des textes anciens, montrant son riche héritage culturel et artistique.
Que voulez-vous dire par Bharatanatyam ?
Par Bharatanatyam, on entend une forme de danse classique indienne qui fusionne des éléments de mouvement, d’expression et de narration mythologique. Cette danse s’exprime à travers des gestes codifiés, appelés mudras, qui évoquent des histoires religieuses.
Qu’est-ce qui distingue le bharatanatyam des autres formes de danse ?
Le bharatanatyam se distingue des autres formes de danse par son vocabulaire gestuel riche, intégrant des mudras et des expressions faciales sophistiquées. Cette danse offre une combinaison unique de récits narratifs and d’expression artistique, ancrée dans des traditions spirituelles.
Quels sont les principaux éléments de la pratique du bharatanatyam ?
Les principaux éléments de la pratique du bharatanatyam incluent la maîtrise des adavus, des mudras variés, ainsi qu’une forte dimension théâtrale grâce aux expressions faciales. Cette combinaison riche permet aux danseurs de raconter des histoires sacrées tout en exprimant des émotions.
Comment se déroule un récital de bharatanatyam ?
Un récital de bharatanatyam suit une structure appelée Margam, qui comprend des parties comme Pushpanjali, Alarippu, et Varnam. Chaque partie a un but spécifique, allant de l’invocation à des expressions émotionnelles plus intenses, le tout pour atteindre une expérience artistique complète.

Passionnée de danse depuis l’enfance, Lucie s’est spécialisée dans l’Open Floor. Elle cultive également une approche holistique du bien-être à travers le yoga et le Pilates. Son expertise s’étend à l’univers féminin : mode consciente, beauté naturelle et bien-être. À travers ses écrits, elle partage avec bienveillance ses expériences, invitant ses lectrices à explorer leur propre relation au corps et à une féminité authentique.







